Forceps et spatules

À l'approche de la phase d'expulsion, la plupart des accouchements se déroulent sans intervention particulière. Mais dans certaines situations, le bébé peine à descendre ou son rythme cardiaque montre des signes de fatigue. Le médecin peut alors avoir recours à un instrument d'extraction : les forceps, les spatules, ou parfois la ventouse. Ces techniques, encadrées et pratiquées par des professionnels formés, permettent de terminer l'accouchement par voie basse en toute sécurité pour la mère et l'enfant.


Dernière mise à jour octobre 2026 | Temps de lecture : 10 min

Forceps et spatules
Forceps et spatules

Cet article fait le point sur le fonctionnement des forceps et des spatules, leurs indications, leur déroulement, ainsi que les questions que se posent le plus souvent les futurs parents.

Qu'est-ce qu'une extraction instrumentale ?

On parle d'extraction instrumentale, ou d'accouchement instrumental, lorsqu'un instrument médical vient aider le bébé à franchir les dernières étapes de sa naissance. Cette assistance intervient uniquement pendant la phase d'expulsion, c'est-à-dire lorsque le col est entièrement dilaté et que la tête du bébé est engagée dans le bassin.

Trois instruments existent en France : les forceps, les spatules et la ventouse obstétricale. Le choix entre ces outils dépend de la situation clinique, de la position du bébé et de l'expérience de l'équipe médicale.

Le saviez-vous ?
L'extraction instrumentale ne remplace pas les efforts de poussée de la mère. Dans la grande majorité des cas, elle vient simplement compléter ces efforts lors des dernières contractions.

Les forceps : un instrument de préhension et de traction

Le forceps se compose de deux branches métalliques recourbées, parfois surnommées « cuillères », qui s'articulent au centre. Une fois en place de part et d'autre de la tête du bébé, l'instrument permet au praticien de guider et d'accompagner sa descente pendant la contraction, en coordination avec les efforts de poussée de la mère.

Le forceps peut aussi, selon les modèles, aider à orienter la tête du bébé lorsque celle-ci n'est pas positionnée de façon optimale. Il est utilisé sous anesthésie, le plus souvent une péridurale déjà en place, et s'accompagne fréquemment d'une épisiotomie afin de limiter le risque de déchirure du périnée.

Comment se déroule la pose d'un forceps ?

  • Le médecin vérifie la position exacte de la tête du bébé.
  • Les deux branches du forceps sont positionnées une à une, avec précaution.
  • L'instrument est verrouillé lorsque les branches sont correctement placées.
  • La traction n'a lieu que pendant la contraction, en accompagnement de la poussée maternelle.
  • L'instrument est retiré dès que la tête du bébé est dégagée.

Le saviez-vous ?
Les forceps peuvent laisser de légères marques rouges sur les joues ou les tempes du nouveau-né. Elles sont bénignes et s'estompent en général en quelques jours.

L'instrument que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de forceps est né il y a plusieurs siècles en Europe, à une époque où l'accouchement difficile mettait souvent en danger la vie de la mère comme celle de l'enfant. Les modèles se sont ensuite multipliés et perfectionnés au fil des générations de praticiens, jusqu'aux versions utilisées aujourd'hui, plus sécurisées et mieux adaptées à l'anatomie maternelle et fœtale.

Les spatules : une action différente sur les tissus maternels

Contrairement aux forceps, les spatules n'enserrent pas la tête du bébé. Ce sont deux instruments indépendants, en forme de cuillères, que le praticien utilise séparément. Leur rôle principal est d'écarter et de guider les parois du vagin, facilitant ainsi le passage de la tête du bébé, plutôt que de la saisir directement.

Cette différence de fonctionnement explique pourquoi les spatules exercent moins de pression directe sur le crâne du nouveau-né. Elles sont notamment utilisées lorsqu'une naissance prématurée nécessite une extraction plus douce, la ventouse étant alors déconseillée.

Comme pour les forceps, la pose de spatules se fait sous péridurale et s'accompagne souvent d'une épisiotomie, en particulier chez les femmes qui accouchent pour la première fois.

Le saviez-vous ?
Les spatules les plus utilisées en France sont couramment appelées « spatules de Thierry », du nom du médecin qui en a développé le modèle le plus répandu. Elles sont aujourd'hui largement enseignées dans les maternités françaises, aux côtés des forceps.

Forceps, spatules, ventouse : quelles différences ?

Aucun de ces trois instruments n'est systématiquement supérieur aux autres : le choix dépend avant tout de la situation obstétricale rencontrée le jour de l'accouchement, ainsi que de la formation et de l'expérience du praticien.

Critère Forceps Spatules Ventouse
Principe Préhension et traction de la tête Écartement des tissus, guidage Aspiration sur le crâne
Effort maternel requis Peu indispensable Peu indispensable Poussée active nécessaire
Marques possibles sur le bébé Légères marques sur le visage Peu de traces sur le crâne Bosse séro-sanguine temporaire
Rotation de la tête du bébé Possible selon le modèle Possible en cas de rotation incomplète Possible mais limitée
Usage en cas de prématurité Envisageable Souvent privilégiées Généralement déconseillée

Dans quelles situations les forceps ou les spatules sont-ils utilisés ?

Le recours à une extraction instrumentale reste encadré par des règles précises. Il intervient uniquement lorsque le col est complètement dilaté et que la tête du bébé est suffisamment engagée. Plusieurs situations peuvent justifier cette décision :

  • Une phase d'expulsion qui se prolonge, malgré des efforts de poussée réguliers.
  • Des signes de fatigue chez le bébé, repérés grâce au monitoring du rythme cardiaque fœtal.
  • Un épuisement maternel, lorsque la mère n'arrive plus à pousser efficacement.
  • Une péridurale très efficace, qui peut parfois réduire la perception des envies de pousser.
  • Certaines contre-indications médicales à des efforts de poussée prolongés chez la mère.

Dans chacun de ces cas, l'objectif reste le même : accompagner la naissance par voie basse dans de bonnes conditions, en évitant une souffrance prolongée pour le bébé.

Le déroulement d'un accouchement avec forceps ou spatules

Avant toute intervention, l'équipe médicale explique la situation aux parents et le motif du recours à l'instrument. Le geste se déroule en salle de naissance, en présence de la sage-femme et du médecin.

L'anesthésie, le plus souvent une péridurale déjà posée, est vérifiée et complétée si nécessaire. Une épisiotomie peut être réalisée à ce moment-là pour faciliter le passage de la tête du bébé et limiter le risque de déchirure.

L'instrument est ensuite mis en place, puis utilisé uniquement pendant les contractions, en coordination avec la poussée de la mère. Une fois la tête dégagée, l'instrument est retiré et le reste de l'accouchement se poursuit normalement.

À noter :
si l'extraction instrumentale ne permet pas de faire progresser le bébé après quelques tentatives, l'équipe médicale privilégie une césarienne plutôt que d'insister avec l'instrument. Ce choix est fait dans l'intérêt du bébé et de la mère.

Même si la péridurale est le mode d'anesthésie le plus fréquemment utilisé lors d'une extraction instrumentale, d'autres solutions existent lorsqu'elle n'est pas déjà en place au moment où le geste devient nécessaire : une anesthésie locale ciblée, ou l'inhalation d'un mélange antalgique, peuvent alors être proposées selon le contexte et le délai disponible.

Quels sont les risques pour le bébé ?

Les forceps et les spatules sont des instruments encadrés, mais comme tout geste médical, ils comportent des risques, généralement mineurs et transitoires :

  • Marques ou rougeurs cutanées passagères, surtout avec les forceps.
  • Légère tuméfaction du cuir chevelu.
  • Dans de rares cas, des complications plus sérieuses peuvent survenir, notamment lorsque le positionnement de l'instrument n'est pas optimal.

Ces situations restent peu fréquentes et font l'objet d'une surveillance attentive du nouveau-né après la naissance. Un examen pédiatrique systématique permet de vérifier l'absence de complication et de rassurer les parents dès les premières heures.

Quels sont les risques pour la mère ?

Pour la mère, les principaux effets associés à une extraction instrumentale sont liés à l'épisiotomie qui l'accompagne souvent, ainsi qu'au risque de déchirure périnéale. Une douleur ou une gêne au niveau du périnée peut être ressentie dans les jours suivant l'accouchement, généralement soulagée par les soins classiques post-partum.

Une rééducation périnéale est en général proposée dans les semaines suivant la naissance, qu'il y ait eu ou non une extraction instrumentale.

Après la naissance : suivi et récupération

Le nouveau-né fait l'objet d'un examen pédiatrique complet peu après la naissance, comme pour tout accouchement. Les éventuelles marques laissées par l'instrument sont surveillées mais disparaissent en règle générale en quelques jours, sans laisser de séquelles.

Du côté de la mère, la cicatrisation de l'épisiotomie ou d'une éventuelle déchirure fait l'objet d'un suivi lors des consultations post-natales. La rééducation du périnée peut être envisagée dès que la sage-femme ou le médecin le juge opportun.

Vivre une extraction instrumentale : se préparer et poser les bonnes questions

Vivre un accouchement instrumental peut être une expérience impressionnante, parfois éloignée de ce que les parents avaient imaginé avant la naissance. Il est tout à fait normal de ressentir des émotions variées après ce type de naissance, entre soulagement et besoin de comprendre ce qui s'est passé.

Conseil :
il est possible d'aborder ce sujet avec la sage-femme ou le médecin lors des consultations de suivi de grossesse, afin de mieux comprendre dans quelles situations une extraction instrumentale pourrait être envisagée. Poser des questions permet souvent d'aborder cette éventualité plus sereinement le jour J.

Forceps, spatules ou césarienne : comment se fait le choix ?

Lorsque la phase d'expulsion se complique, l'équipe médicale évalue en temps réel plusieurs éléments : la position de la tête du bébé, la progression de la descente, l'état de fatigue du bébé et de la mère, ainsi que la faisabilité technique de l'extraction instrumentale.

Si ces conditions ne sont pas réunies, ou si les premières tentatives ne donnent pas de résultat, une césarienne est réalisée. L'extraction instrumentale n'est jamais imposée : elle reste une option parmi d'autres pour permettre un accouchement par voie basse en toute sécurité.

FAQ : les questions fréquentes sur les forceps et les spatules

Est-ce que les forceps font mal au bébé ?

Non. Le geste en lui-même n'engendre pas de douleur ressentie par le nouveau-né. Des marques temporaires peuvent apparaître sur le visage, mais elles s'estompent rapidement et ne laissent généralement aucune trace durable.

Peut-on refuser une extraction instrumentale ?

La décision finale appartient à l'équipe médicale, qui évalue l'urgence de la situation. Les parents sont toujours informés du motif de l'intervention, et leurs questions trouvent une réponse avant le geste, sauf en cas d'urgence immédiate.

Les spatules laissent-elles des marques comme les forceps ?

En général, non. Les spatules agissent surtout sur les tissus maternels plutôt que sur la tête du bébé, ce qui explique qu'elles laissent moins de traces visibles sur le crâne du nouveau-né.

Faut-il systématiquement une épisiotomie avec un forceps ou des spatules ?

Ce n'est pas systématique, mais c'est fréquent. L'épisiotomie est réalisée lorsque le périnée présente une résistance importante, afin de faciliter le passage de la tête du bébé et de limiter le risque de déchirure spontanée.

Ce qu'il faut retenir

Les forceps et les spatules sont deux instruments d'extraction utilisés lorsque la phase d'expulsion nécessite une aide supplémentaire. Le forceps agit par préhension et traction de la tête du bébé, tandis que les spatules facilitent son passage en écartant les tissus maternels. Ces deux techniques, réalisées sous péridurale et souvent associées à une épisiotomie, restent des gestes encadrés, pratiqués par des professionnels formés, avec un objectif commun : permettre une naissance par voie basse dans les meilleures conditions possibles pour la mère et pour l'enfant.


les informations de cet article sont données à titre informatif et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel de santé. Pour toute question sur votre accouchement, parlez-en avec votre sage-femme ou votre médecin.

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