Le rôle de la sage-femme
La sage-femme est un professionnel de santé médical à part entière. Son rôle ne se limite pas à la salle d'accouchement : elle accompagne les femmes avant, pendant et après la naissance, dans une logique de continuité des soins. Tour d'horizon complet de ses missions.
Dernière mise à jour mars 2026 | Temps de lecture : 11 min
La sage-femme : un professionnel médical à compétences élargies
En France, la sage-femme est titulaire d'un diplôme d'État obtenu après cinq années d'études (une année en commun avec les études de médecine, puis quatre années spécifiques). Elle appartient à la catégorie des professions médicales, au même titre que les médecins et les chirurgiens-dentistes.
Ses compétences couvrent l'ensemble de la périnatalité dans le cadre d'une grossesse physiologique, c'est-à-dire une grossesse qui se déroule sans pathologie identifiée. Elle peut prescrire des examens biologiques, des médicaments, des arrêts de travail, et orienter vers un obstétricien si la situation devient à risque.
Le saviez-vous ?
En France, environ 80 % des grossesses sont dites physiologiques, ce qui signifie qu'elles peuvent être entièrement suivies par une sage-femme, sans recourir à un gynécologue obstétricien.
Depuis la loi du 26 avril 2021, les femmes enceintes peuvent désigner une sage-femme référente. Ce dispositif, géré par l'Assurance maladie, permet de coordonner l'ensemble du parcours de soins, de la déclaration de grossesse jusqu'à quatorze semaines après l'accouchement.
Le rôle de la sage-femme pendant la grossesse
Le suivi mensuel prénatal
Dès la déclaration de grossesse, la sage-femme peut prendre en charge le suivi médical mensuel obligatoire. À chaque consultation, elle réalise :
- la mesure de la tension artérielle, du poids et de la hauteur utérine ;
- l'auscultation des bruits du cœur fœtal ;
- la prescription des analyses biologiques recommandées (sérologies, groupage sanguin, etc.) ;
- le dépistage de complications comme le diabète gestationnel ou l'hypertension artérielle.
Elle peut également prescrire les trois échographies de grossesse si elle est habilitée à les réaliser, ou en confier l'exécution à un radiologue ou à un gynécologue.
Le saviez-vous ?
Le suivi de grossesse par une sage-femme est pris en charge à 100 % par l'Assurance maladie à partir du sixième mois de grossesse.
Le bilan prénatal de prévention
En complément des consultations médicales, la sage-femme propose un bilan de prévention, réalisable dès la déclaration de grossesse, idéalement avant la vingt-quatrième semaine d'aménorrhée. Ce bilan aborde :
- l'alimentation et les comportements à risque (tabac, alcool, addictions) ;
- l'hygiène de vie et la vaccination ;
- l'importance du suivi bucco-dentaire ;
- la préparation au retour à domicile après la naissance.
La préparation à la naissance et à la parentalité
Sept séances de préparation à la naissance et à la parentalité sont prises en charge par l'Assurance maladie. Ces séances sont généralement animées par une sage-femme. Elles peuvent se tenir en groupe ou en individuel, et s'adressent aussi au co-parent.
Les thèmes abordés incluent le déroulement de l'accouchement, les techniques de respiration et de relaxation, la gestion de la douleur, l'allaitement et les premiers soins au nouveau-né.
Selon sa formation complémentaire, la sage-femme peut proposer des approches variées :
- sophrologie prénatale ;
- haptonomie ;
- yoga prénatal ;
- chant prénatal ;
- hypnose ou acupuncture.
Le saviez-vous ?
Depuis 2021, les femmes enceintes peuvent désigner leur sage-femme comme référente. Rémunérée par forfait (45 euros par grossesse), cette sage-femme coordonne le parcours de soins de sa patiente, depuis la grossesse jusqu'à quatorze semaines après l'accouchement.
Le rôle de la sage-femme le jour de l'accouchement
À l'hôpital ou dans une maison de naissance, la sage-femme est le professionnel de santé central lors de l'accouchement. Elle accueille la patiente à son arrivée en maternité, évalue l'avancement du travail et installe le monitoring.
La surveillance du travail
Tout au long du travail, la sage-femme assure un suivi constant. Elle :
- surveille les contractions utérines et le rythme cardiaque fœtal via le monitoring ;
- évalue l'ouverture du col de l'utérus lors des touchers vaginaux ;
- gère la pose de la perfusion et coordonne la mise en place de la péridurale avec l'équipe d'anesthésie ;
- accompagne la femme et son partenaire, répond aux questions, gère le stress.
La conduite de l'accouchement
Lorsque la grossesse est physiologique et que le travail se déroule normalement, c'est la sage-femme qui assure l'accouchement. Elle guide les efforts expulsifs, réalise si nécessaire une épisiotomie et pratique les sutures en cas de déchirure périnéale.
Si une complication survient (souffrance fœtale, dystocie, hémorragie de la délivrance, etc.), elle alerte l'obstétricien et assure la transition des soins vers l'équipe médicale. Dans les établissements sans obstétricien de garde sur place, cette organisation repose sur des protocoles précis.
Le saviez-vous ?
En France, la grande majorité des accouchements par voie basse sans complication sont conduits par des sages-femmes, y compris dans les maternités de type 3 (les plus spécialisées), pour les situations qui restent physiologiques.
L'immédiat post-partum en salle de naissance
Après la naissance, la sage-femme reste présente en salle de naissance pendant environ deux heures pour surveiller le retour à la normale de l'état de santé de la mère et du nouveau-né. Elle :
- vérifie la délivrance du placenta et contrôle les saignements ;
- surveille la tension artérielle et les constantes de la mère ;
- favorise le contact peau à peau entre la mère et le nouveau-né ;
- aide à la mise au sein si la mère souhaite allaiter ;
- réalise les premiers soins au nouveau-né (pesée, examen, habillage).
Sage-femme, obstétricien, médecin traitant : qui fait quoi ?
| Situation | Sage-femme | Obstétricien | Médecin traitant |
|---|---|---|---|
| Suivi d'une grossesse normale | Oui, pleinement compétente | Oui, mais moins adapté pour une grossesse sans risque | Oui pour les premières consultations |
| Grossesse à risque ou pathologique | Suivi partiel, en lien avec l'obstétricien | Prise en charge principale | Rôle de coordination |
| Conduite de l'accouchement | Oui, pour les accouchements physiologiques | Oui, en cas de complication ou de césarienne | Non |
| Suivi postnatal à domicile | Oui, rôle central | Non (sauf consultation spécialisée) | Consultation de suivi général |
| Rééducation périnéale | Oui, compétence exclusive avec le kinésithérapeute | Non | Prescription uniquement |
Le rôle de la sage-femme après l'accouchement
Le suivi postnatal à domicile
Les premiers jours après le retour à la maison sont particulièrement sensibles, tant pour la mère que pour le nouveau-né. La sage-femme peut se rendre au domicile dès les 24 à 48 heures suivant la sortie de la maternité.
Ses visites à domicile permettent de :
- vérifier l'état de santé général de la mère (tension, saignements, cicatrisation) ;
- examiner le nouveau-né (poids, jaunisse, alimentation, comportement) ;
- soutenir et accompagner l'allaitement maternel ;
- répondre aux questions des parents et détecter les signes de dépression du post-partum.
Ces visites sont remboursées à 100 % par l'Assurance maladie jusqu'au douzième jour après la naissance, et à 70 % au-delà.
L'entretien postnatal précoce
Depuis le 1er juillet 2022, un entretien postnatal précoce est obligatoirement proposé à toutes les femmes entre la quatrième et la huitième semaine suivant l'accouchement. Il peut être réalisé par une sage-femme, un médecin traitant ou un gynécologue.
Cet entretien vise à repérer les premiers signes d'une dépression post-partum, à identifier d'éventuels facteurs de fragilité et à évaluer les besoins d'accompagnement des parents. Un second entretien peut être proposé entre la dixième et la quatorzième semaine si nécessaire.
Le saviez-vous ?
La dépression post-partum toucherait entre 10 et 15 % des femmes après l'accouchement. Un dépistage précoce, notamment lors de l'entretien postnatal, permet une prise en charge adaptée et évite une aggravation des symptômes.
La rééducation périnéale
La sage-femme est l'un des deux professionnels habilités à pratiquer la rééducation périnéale (avec le kinésithérapeute). Cette rééducation est recommandée après tout accouchement par voie basse. Elle vise à renforcer les muscles du plancher pelvien, à prévenir les fuites urinaires et à favoriser la récupération fonctionnelle du périnée.
Elle peut être réalisée à domicile ou au cabinet de la sage-femme. Dix séances sont prises en charge par l'Assurance maladie.
La consultation post-natale
Entre la sixième et la huitième semaine après l'accouchement, une consultation post-natale obligatoire est prévue. Elle peut être réalisée par une sage-femme. Elle comprend un examen clinique, le point sur l'allaitement, la contraception, le suivi du nouveau-né et l'état psychologique de la mère.
La sage-femme libérale : un accompagnement global en dehors de l'hôpital
De plus en plus de sages-femmes exercent en libéral, soit en cabinet, soit au domicile des patientes. Elles proposent un accompagnement global qui couvre l'intégralité du parcours de maternité : suivi de grossesse, préparation à la naissance, accouchement (en maison de naissance ou sur plateau technique hospitalier), et suivi postnatal.
Ce mode d'exercice offre une continuité relationnelle importante : la même professionnelle suit la femme tout au long de sa grossesse et connaît son contexte personnel, médical et social. Cette relation de confiance est particulièrement appréciée des femmes souhaitant un accompagnement personnalisé.
La sage-femme libérale peut aussi intervenir dans des situations spécifiques :
- suivi de grossesse gémellaire non pathologique ;
- accompagnement des femmes seules ou en situation de précarité ;
- soutien à l'allaitement après la sortie de maternité ;
- réalisation d'échographies si elle en est habilitée.
Questions fréquentes sur le rôle de la sage-femme
Une sage-femme peut-elle suivre entièrement ma grossesse sans gynécologue ?
Oui, si la grossesse est physiologique (sans pathologie ni risque identifié), la sage-femme est légalement compétente pour assurer l'intégralité du suivi prénatal. Elle réalise les consultations mensuelles, prescrit les examens biologiques et peut orienter vers un obstétricien si la situation évolue.
Qu'est-ce qu'une sage-femme référente et comment la désigner ?
La sage-femme référente est une sage-femme libérale choisie par la patiente pour coordonner son parcours de soins pendant la grossesse et jusqu'à quatorze semaines après l'accouchement. Pour la désigner, la patiente et la sage-femme remplissent ensemble un formulaire Cerfa, à envoyer à la caisse primaire d'assurance maladie. Cette désignation doit intervenir avant la fin du cinquième mois de grossesse.
La sage-femme peut-elle conduire seule un accouchement ?
Oui. Pour un accouchement par voie basse sans complication, la sage-femme est pleinement habilitée à le conduire de bout en bout. En cas de complication (souffrance fœtale, hémorragie, présentation anormale), elle fait appel à l'obstétricien. La sage-femme et le médecin travaillent donc en complémentarité.
Les soins de la sage-femme après l'accouchement sont-ils remboursés ?
Les visites à domicile dans les douze premiers jours suivant l'accouchement sont remboursées à 100 % par l'Assurance maladie. Au-delà, le remboursement est de 70 % jusqu'à la quatorzième semaine post-accouchement. Les séances de rééducation périnéale (jusqu'à dix séances) sont également prises en charge.
Le rôle de la sage-femme est bien plus vaste que ce que l'on imagine souvent. Professionnelle médicale à part entière, elle intervient à chaque étape de la maternité :
- suivi mensuel de la grossesse physiologique ;
- prévention, conseils et préparation à la naissance ;
- conduite de l'accouchement par voie basse ;
- soins immédiats en salle de naissance pour la mère et le nouveau-né ;
- visites à domicile dans le post-partum ;
- dépistage de la dépression post-partum ;
- rééducation périnéale et consultation post-natale.
Grâce au dispositif de la sage-femme référente, les femmes enceintes bénéficient désormais d'un interlocuteur unique et coordonné tout au long de leur parcours de maternité. Un atout précieux pour vivre sa grossesse et ses suites avec sérénité.
Rappel important : Les informations de cet article sont basées sur les connaissances actuelles en obstétrique et doivent être considérées à titre informatif. Pour toute question spécifique à votre situation, consultez un professionnel de santé.
