Le cytomégalovirus
Le cytomégalovirus constitue l'infection materno-fœtale la plus fréquente dans les pays développés. Bien que souvent asymptomatique chez l'adulte, ce virus peut avoir des conséquences importantes pour le bébé lorsqu'il est contracté pendant la grossesse. Depuis juin 2025, la Haute Autorité de Santé recommande un dépistage systématique au premier trimestre pour toutes les femmes enceintes.
Dernière mise à jour janvier 2026 | Temps de lecture : 8 min
Qu'est-ce que le cytomégalovirus ?
Le cytomégalovirus (CMV) appartient à la famille des herpèsvirus, comme le virus de la varicelle ou de l'herpès labial. Environ 60 à 70 % des adultes ont été en contact avec ce virus au cours de leur vie. Une fois contracté, il reste dans l'organisme de façon permanente, généralement sans provoquer de symptômes.
Le saviez-vous ?
Le CMV est un virus strictement humain. Il ne se transmet pas par les animaux et ne peut pas être contracté au contact d'animaux domestiques.
Comment se transmet le cytomégalovirus ?
Le virus se transmet par contact direct avec les liquides biologiques d'une personne infectée. Les principales voies de transmission incluent :
- La salive et les sécrétions nasales
- Les urines
- Les larmes
- Le sang
- Les sécrétions génitales
- Le lait maternel
Les jeunes enfants de moins de 3 ans constituent la principale source de contamination pour les femmes enceintes, car ils excrètent fréquemment le virus dans leur salive et leurs urines, notamment lorsqu'ils fréquentent des collectivités comme les crèches.
Les symptômes du cytomégalovirus
Chez la femme enceinte
L'infection passe inaperçue dans 90 % des cas. Quand des symptômes apparaissent, ils ressemblent à ceux d'une grippe :
- Fièvre modérée
- Fatigue inhabituelle
- Maux de tête
- Ganglions enflés au niveau du cou
- Douleurs musculaires
Ces signes non spécifiques rendent le diagnostic difficile sans analyse sanguine.
Chez le nouveau-né
Parmi les enfants contaminés pendant la grossesse, 80 % ne présentent aucun symptôme à la naissance, 10 % développent une infection sévère et 10 % présenteront des séquelles plus tard.
Les complications possibles incluent :
- Surdité neurosensorielle (séquelle la plus fréquente)
- Retard psychomoteur
- Troubles du développement cérébral
- Microcéphalie (petite taille du crâne)
- Problèmes de vision
- Calcifications cérébrales
Les risques pendant la grossesse
Le risque de séquelles est maximal lorsque l'infection survient avant 14 à 16 semaines d'aménorrhée. Plus l'infection est précoce, plus les conséquences peuvent être importantes pour le développement du fœtus.
Taux de transmission
Le taux de transmission de la mère au fœtus est de 30 à 40 % en cas de primo-infection. Ce risque est nettement plus faible en cas de réactivation du virus chez une femme déjà immunisée.
Le saviez-vous ?
L'infection congénitale au CMV touche environ 3 400 naissances par an en France. C'est plus fréquent que la toxoplasmose ou la listériose, pourtant plus connues du grand public.
Le dépistage du cytomégalovirus : nouvelles recommandations 2025
Qui doit être dépisté ?
Depuis le 17 juin 2025, la HAS recommande un dépistage systématique au premier trimestre de grossesse chez toutes les femmes enceintes dont le statut sérologique est négatif ou inconnu. Cette mesure sera réévaluée après trois ans.
Comment se déroule le dépistage ?
Le dépistage repose sur une simple prise de sang réalisée avant 14 semaines d'aménorrhée. L'analyse recherche deux types d'anticorps :
- Les IgG : témoignent d'un contact ancien avec le virus
- Les IgM : signalent une infection récente
En cas de présence d'IgM, un test d'avidité des IgG est réalisé pour dater précisément l'infection.
Interprétation des résultats
IgG positives / IgM négatives : vous êtes immunisée contre le CMV. Le risque pour votre grossesse est très faible.
IgG négatives / IgM négatives : vous n'avez jamais été en contact avec le virus. Des mesures de prévention strictes doivent être appliquées.
IgG positives / IgM positives : un test d'avidité est nécessaire pour déterminer si l'infection est récente ou ancienne.
La prise en charge en cas d'infection
Surveillance maternelle
Si une primo-infection est confirmée, un suivi renforcé est mis en place :
- Échographies mensuelles pour surveiller le développement fœtal
- Consultation dans un Centre Pluridisciplinaire de Diagnostic Prénatal (CPDPN)
- Recherche de signes d'atteinte fœtale
Le traitement par valaciclovir
Un traitement antiviral par valaciclovir est proposé dès que l'infection est identifiée. Ce médicament vise à réduire le risque de transmission au fœtus et limiter la gravité des atteintes.
Les données disponibles ne montrent aucun signal de risque malformatif lié au valaciclovir sur la période 2007-2023.
L'amniocentèse
En cas d'anomalies détectées à l'échographie, une amniocentèse peut être proposée pour rechercher la présence du virus dans le liquide amniotique. Cet examen permet de confirmer si le fœtus a été infecté.
Les gestes de prévention essentiels
Pour les femmes enceintes non immunisées, des mesures d'hygiène rigoureuses permettent de réduire significativement le risque d'infection.
Au quotidien avec de jeunes enfants
À faire :
- Se laver les mains fréquemment, surtout après contact avec la salive ou l'urine d'un enfant
- Utiliser du savon et se laver pendant au moins 20 secondes
- Nettoyer régulièrement les jouets, tétines et surfaces
- Éviter de partager les couverts, verres ou brosses à dents
À éviter :
- Embrasser un jeune enfant sur la bouche
- Lécher les cuillères ou les tétines des bébés
- Partager les aliments entamés par un enfant
- Prendre un bain avec un jeune enfant
- Mettre dans sa bouche les objets manipulés par les enfants
Dans la vie professionnelle
Les femmes qui travaillent au contact de jeunes enfants (crèches, écoles maternelles, pédiatrie) doivent être particulièrement vigilantes. Le port de gants lors du change et un lavage régulier des mains sont recommandés.
Le saviez-vous ?
Le CMV est détruit par le savon, l'eau de javel diluée et la chaleur. Un lavage soigneux des mains reste la mesure de prévention la plus efficace.
Comparaison avec d'autres infections de grossesse
| Infection | Fréquence | Mode de transmission | Dépistage systématique |
|---|---|---|---|
| Cytomégalovirus | La plus fréquente | Salive, urines des jeunes enfants | Oui (depuis 2025) |
| Toxoplasmose | Moins fréquente | Viande crue, terre contaminée | Oui |
| Rubéole | Rare (vaccination) | Voie respiratoire | Oui |
| Listériose | Rare | Aliments contaminés | Non |
Après la naissance : suivi du bébé
Les nouveau-nés dont la mère a eu une infection à CMV pendant la grossesse bénéficient d'un suivi particulier :
- Dépistage du virus dans les urines ou la salive dans les premiers jours de vie
- Examens auditifs réguliers (le risque de surdité peut se révéler tardivement)
- Surveillance du développement psychomoteur
- IRM cérébrale si nécessaire
Pour les bébés infectés et symptomatiques, un traitement antiviral spécifique peut être proposé pour limiter les séquelles, notamment auditives.
Questions fréquentes
Puis-je continuer à travailler en crèche si je suis enceinte et non immunisée ?
Oui, à condition de respecter scrupuleusement les mesures d'hygiène. Informez votre médecin et votre employeur. Un aménagement de poste peut être envisagé selon les situations. Le port de gants lors du change et le lavage fréquent des mains sont essentiels.
Mon premier enfant va à la crèche. Comment me protéger ?
Appliquez systématiquement les gestes barrières : ne l'embrassez pas sur la bouche, lavez-vous les mains après chaque change et après l'avoir mouché, ne partagez pas ses couverts ni sa nourriture, ne léchez pas sa tétine. Ces précautions réduisent considérablement le risque.
Si j'ai déjà eu le CMV avant ma grossesse, puis-je le transmettre à mon bébé ?
Le risque existe mais il est très faible. Les anticorps que vous avez développés protègent votre bébé. Une réactivation ou une réinfection reste possible mais elle entraîne rarement des complications graves pour le fœtus.
Existe-t-il un vaccin contre le cytomégalovirus ?
Non, il n'existe pas encore de vaccin disponible. Des recherches sont en cours, notamment avec des vaccins à ARN messager, mais aucun n'est actuellement autorisé. La prévention repose uniquement sur les mesures d'hygiène.
Le cytomégalovirus représente un enjeu majeur de santé publique pendant la grossesse. Le dépistage systématique recommandé depuis juin 2025 permettra de mieux identifier les femmes à risque et de proposer un suivi adapté. Pour les femmes non immunisées, l'application rigoureuse des mesures d'hygiène constitue la meilleure protection. En cas d'infection confirmée, une prise en charge précoce avec traitement antiviral et surveillance renforcée permet de limiter les risques pour le bébé. N'hésitez pas à discuter du dépistage avec votre médecin ou votre sage-femme lors de votre première consultation de grossesse.
Rappel important : Les informations de cet article sont basées sur les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) de juin 2025 et les connaissances actuelles en infectiologie périnatale. Elles doivent être considérées à titre informatif. Pour toute question spécifique à votre situation, consultez un professionnel de santé.
